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Avis d'experts

Les enjeux stratégiques du secteur des hydrocarbures

Par Dr Eloi K. YAO - 14 février 2018

La Côte d’ivoire a-t- elle intérêt à s’intéresser davantage aux hydrocarbures ? Peut-elle bâtir sa stratégie de développement en s’appuyant sur le gaz et le pétrole ? En d’autres termes, les hydrocarbures peuvent-ils contribuer à la croissance économique et constituer des leviers du développement de la Côte d’Ivoire ?

A scruter le paysage économique des Etats modernes, à travers le monde, la réponse à ces questions parait de prime abord évidence et n’appellent pas de commentaires majeur.

Cependant, les problématiques suscitées par les hydrocarbures dans certaines parties du monde, particulièrement dans les pays africains, méritent qu’on s’y attarde davantage, afin de lever le voile sur les enjeux des ressources pétrolières et gazières dans les pays qui se veulent émergents.

A cet effet, une brève présentation du contexte général des hydrocarbures, en Afrique contemporaine d’abord, avant l’examen du cas typiquement ivoirien, ensuite s’impose.

I- Contexte général des hydrocarbures en Afrique

Selon une étude récente (Ifpen-ihs 2014), les réserves d’hydrocarbures les plus importantes seraient situées en Afrique. Le continent africain posséderait à lui seul, dans son sous-sol et dans ses eaux territoriales, la première réserve mondiale.

Un baril de pétrole sur trois produits dans le monde viendrait du continent et les découvertes de gisements s’enchainent, malgré la chute des cours.

Cependant, paradoxalement, l’Afrique fait face à une crise pernicieuse énergétique au point qu’elle obligée de se tourner vers d’autres sources d’énergie (hydraulique, éolienne, solaire ou biomasse) pour combler cette insuffisance.

A titre d’illustration, le Nigéria, premier pays producteur de pétrole en Afrique de l’Ouest est obligée d’importer 70 % de ses besoins en hydrocarbures, en raison de sa capacité de raffinage trop faible.

En clair, l’Afrique n’a pas pleinement accès à ses ressources naturelles et ne peut bien évidemment en jouir et faire profiter sa population privée d’électricité et de bitume.

Ironie du sort, l’Afrique continue de subir le diktat des prix du gaz et du pétrole soumis à des fluctuations étouffantes pour les économies africaines, faisant ainsi d’elle un leader mondial des hydrocarbures aux pieds d’argile.

Avec l’effondrement du prix du brut en 2014 et en 2015 dans l’ordre de 50 à 70 dollar/baril, ce sont des économies entières qui ont subi des déséquilibres économiques, le cas de l’Algérie.

Pendant ce temps, les multinationales bien implantées dans certains pays qualifiés par euphémisme « pays producteurs » de pétrole, font la pluie et le beau temps.

Elles continuent d’exploiter l’or noir africain, et s’activent à extraire sur de longues périodes (30 ans) le pétrole et le gaz sur les plateaux continentaux et les fonds des eaux territoriales des milliers de barils de pétrole.

Nonobstant ces errements, les Etats africains ont besoin de s’engager dans des politiques de valorisation des ressources que constituent le gaz et le pétrole, et des pays tels l’Afrique du Sud compte bien tirer profit de cette manne.

En effet, l’Afrique du Sud compte parmi les premiers sites mondiaux de gaz de schiste avec un total de 51 933 milliards de m3, tandis que les réserves exploitables tournent autour de 13 milliards de m3.

Les compagnies Shell, et Falcon Energy ont acquis récemment des droits d’exploitation et sont en attente de l’adoption du cadre règlementaire final, tandis que bien d’autres multinationales (Forest Oil, Tulow Oil, CNR, China Sonangol Petroleum, Exxon Mobil, Marathon Oil, Galp Energia etc.) attendent patiemment d’accéder à leur part du gâteau « brut » offerte gracieusement par le sous-sol africain.

Les réserves de l’Angola sont éprouvées à environ 9,5 milliards de barils, et celles du gaz naturel moins importantes que le pétrole, à 5,2 millions de tonnes par an. Elles représentent 50% de son PIB.

La rentre pétrolière constitue l’essentiel des revenus de l’Angola deuxième pays africains producteur du brut, après le Nigeria, tous deux membres de l’Organisation des Pays Exportateur de Pétrole (OPEP).

Il en de même des pays tels que la Guinée équatoriale, l’Algérie, le Gabon, l’Angola, l’Afrique du sud, le Nigéria, le Congo et le Tchad

Au Tchad par exemple, en 2014, le secteur pétrolier a rapporté 2 milliards de dollars aux caisses de l’Etat et représente 90% de ses exportations, et 70 % de son PIB, tandis qu’au Congo, dans la même année le pétrole représente 59 % du PIB, 90 % des exportations et 80 % des recettes publiques.

Tous ces chiffres démontrent qu’il y a dernière chaque baril de pétrole extrait un enjeu stratégique à relent économique pour les pays qui disposent encore des réserves de cette précieuse ressource naturelle que constituent le gaz et le pétrole.

Qu’en est-il de la situation du brut en Côte d’Ivoire aujourd’hui ?

II- La Côte d’Ivoire et les hydrocarbures

La production du Brut de la Côte d’Ivoire est bien modeste, à comparer avec celle des géants du pétrole, notamment ceux des pays membres de l’OPEP. Les réserves du Brut de la Côte d’Ivoire sont estimées à 339 millions de barils.

En 2012 la production était de 29 507 barils par jour, tandis qu’en 2013, cette production connaissait une baisse significative, avec une production de 25 043 barils par jour, soit une baisse de 15 %. Ce gap se serait accentué en 2014, le pays ayant produit en fin septembre 2014 seulement 5 216 748 barils, soit 19 109 barils/jour. Cette baisse selon les autorités ivoirienne serait due à un « épuisement des gisements », des champs au premier trimestre de l’année 2014, notamment les champs Baobab, Espoir, Lion et Panthère.

Malgré ces difficultés, la Côte d’Ivoire affiche ses ambitions dans ce secteur et envisage d’augmenter sa production d’hydrocarbures d’environ 60 000 b/j pour la porter graduellement à 100 000 b/J puis 200 000 b/j d’ici à 2020.

Il s’agit selon toute évidence d’un espoir fondé sur la prospection de gisements offshore et le forage de puits sur les permis CI-27, CI-26 et CI-40.

A côté du Gaz, la Côte d’Ivoire produit modestement le gaz et compte faire bénéficier à son économie cette ressource pour tire sa croissance vers le haut.

En 2013 le pays a produit 6, 2 millions de m3 de gaz naturel. Ce secteur contribue au budget national à hauteur de 325, 09 milliards de francs CFA, soit 92, 02% des recettes budgétaires, d’après un rapport du Conseil national de l’initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE).

Les réserves de gaz naturel de la Côte d’Ivoire sont estimées à environ 35 milliards de m3 et servent à satisfaire les besoins en électricité du pays.

Par ailleurs, afin de booster ce secteur et favoriser l’investissement privé national et international, la Côte d’Ivoire a entrepris récemment (en 2014), la réforme du cadre juridique des hydrocarbures, en se dotant d’un nouveau Code minier (NCM), en remplacement de l’ancien code de 1985.

Les activités d’extraction minière sont désormais régies en Côte d’Ivoire par une nouvelle règlementation, laquelle s’entend, selon le Règlement N° 18/2003/CM/UEMOA portant adoption du Code minier communautaire de l’UEMOA, du « Code Minier Communautaire, les dispositions légales ou règlementaires nationales antérieures non contraires à celles du Code minier communautaire, les dispositions légales ou règlementaires nationales postérieures édictées sur des volets de l’activité minière non couverts par les prescriptions du présent Code ».

De fait, le cadre légal minier ivoirien tel que déterminé par le nouveau Code minier (NCM) élaboré conformément au Règlement de l’UEMOA puis adopté en 2014 est le principal cadre référentiel en la matière.

Références :

1. Rapport de l’Administrateur indépendant de l’ITIE pour les revenus de l’année 2012, CI-ITIE, Décembre 2014, https://www.eiti.org .pdf,

2. Etudes 2014 et 2012, IFP Nouvelles énergies : « Les investissements en exploration-production et raffinage, Novembre 2014 » V° ég. IFP- 2014 : “Session 2/Experiences and views of market players-2A : Views on demand/Oparators in Oil development”, www.ifpenergiesnouvelles.fr ,

3. Africa 24 Magazine, n° 17 juil.-Sept. 2015,

4. J.-P. Angelier « Evolution des relations contractuelles dans le domaine pétrolier », HAL Id : halshs- 00339299, hptt://halsh.archives-ouvertes.fr, Submitted, 2008,

5. Législation comparée : Note sur l’exploration et l’exportation pétrolière en Mer (Australie, Belgique, Mexique, Norvège, Royaume Uni) réalisée par la Délégation sénatoriale à l’Outre Mer, Direction de l’initiative parlementaire et des délégations, LC-230, Sénat, 2013,

6. Loi n° 2014-138 du 24 mars 2014 portant Code minier (République de Côte d’Ivoire)

7. Règlement N° 18/2003/CM/UEMOA portant adoption du Code minier communautaire de l’UEMOA,

8. Rapport sur la mise en œuvre de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives : leçons tirées des premières expériences, 2008, Banque Mondiale- EITI, https : //www.implementing-the-eiti-free-pdf,

Négociations, Rédaction de contrats pétroliers de partage de production, de services, Contras de concession pétrolière, arbitrage etc.

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